Commençons par une définition utile : on appelle monétique l’ensemble des techniques informatiques, électroniques et magnétiques qui permettent l’échange de fonds sans support papier. Pour faire simple, la carte de crédit en lieu et place du chèque de banque ou du bon vieux billet… Si ces systèmes dématérialisés de paiement sont aujourd’hui monnaie courante dans de nombreux pays occidentaux et asiatiques où ils participent directement à simplifier la vie des gens et à faciliter les échanges économiques, ils commencent peine à voir le jour en Afrique, à l’exception notoire de l’Afrique du sud. Mais les choses changent.
Sous l’impulsion de groupements interbancaires, des autorités de certains pays et d’acteurs économiques divers et variés, une Afrique de la monétique est en train de se dessiner, à des rythmes différents selon les lieux et les contextes mais, assez souvent, à une vitesse plutôt étonnante. “Comme pour d’autres dossiers, l’Afrique récupère en ce moment des années de retard grâce à des sauts technologiques” analyse un bon connaisseur du sujet, Jean-François Fillattre, responsable du département informatique et monétique au sein de CFAO, marque de référence de la distribution spécialisée en Afrique et outre-mer. En Afrique sub-saharienne francophone et en Algérie, 2 700 distributeurs de billets étaient en service, toutes marques confondues, à mi 2008. En 2001, on n’en comptait que 240 ! En 2007 en Algérie, pays le plus à la traine du Maghreb en termes de monétique, il y avait un distributeur de billets pour 50 000 algériens**… Selon des estimations, ce même pays pourrait compter de 6 à 10 millions de cartes de crédit dans les 5 prochaines années.
En Afrique de l’Ouest, les choses évoluent également dans le bon sens sous l’impulsion du Groupement Interbancaire Monétique (GIM) de l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA) qui siège à Dakar, au Sénégal. L’un des objectifs de ce groupement est de démocratiser l’usage de la carte bancaire dans les 8 pays membres de cette union monétaire : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, la Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Problème, cette bonne volonté se heurte à un taux de bancarisation très bas, très peu de personnes disposant d’un compte en banque.
“ La vraie question, souligne Alain Kohou, Directeur général CFAO Technologies en Côte d’Ivoire, c’est comment bancariser plus de gens ? Le Groupement Interbancaire Monétique va apporter un peu de croissance et le développement de la bancarisation est jugé nécessaire par les autorités. Mais pour que cela se développe réellement, la grande tendance aujourd’hui, c’est d’inciter les entreprises et les opérateurs télécom à promouvoir les moyens de paiement démonétisés, que ce soit par SMS ou par téléphone. Les solutions seraient basées sur le prépayé. On dépose de l’argent via une société de services qui elle-même le dépose sur un compte bancaire et l’on dispose d’un porte monnaie électronique, par exemple son téléphone mobile, avec lequel on peut régler ses achats en se passant d’un compte bancaire.” Pour cela, il faut des réseaux télécom accessibles, puissants et économiquement avantageux. “Nous espérons que l’avènement et la démocratisation du Wimax, c’est-à-dire du Wifi en très haut débit, qui est déjà déployé au Cameroun, va nous apporter beaucoup” conclut Alain Kohou.